Une histoire de temps. Et de caillou.

Lorsque j’étais petit, je regardais Mon Martien favori, une série américaine des années 60 aujourd’hui tombée en désuétude. Mon Martien favori était une sitcom dans laquelle un journaliste hébergeait secrètement un martien égaré.

Mon Martien Favori
Le Martien en question, au cas où les antennes vous auraient échappé…

Le Martien était un inventeur de génie et, dans un épisode, il y avait une histoire de voyage dans le temps rendue possible grâce à une sorte de boite avec plein de loupiotes- enfin dans mes souvenirs il y avait plein de loupiottes- construite par le dit Martien. A la fin de l’épisode, je demandais à ma mère de me façonner l’équivalent de cette boite car la perspective de voyager dans le temps – de reculer ou d’avancer- m’avait ébloui. L’idée était simple, comme un jeu qui le serait tout autant : ma mère me bricolerait l’outil en question – avec les loupiottes et tout le toutim- et je voyagerais.

A l’époque, nous habitions une maison en banlieue avec un jardin. Je ne sais pas pourquoi mais j’avais cette idée folle – mais, sur le moment, géniale pour un enfant – de monter sur le toit de notre maison, muni de ma boite toute neuve avec mes loupiottes, et de me projeter dans les airs. J’étais convaincu qu’il n’en fallait pas plus pour que le voyage dans le Temps soit rendu possible. Je ne me posais  pas la question de ni de quand, l’importance résidait dans le fait d’aller de l’avant.

Ma mère ne m’a jamais construit cette boite. Du coup, je ne suis – et heureusement- jamais monté sur le dit toit pour me projeter.

Le Temps, lui, a continué de besogner. J’ai grandi, et ma passion pour le voyage dans le temps n’a pas été réfrénée. Au fil des années, j’ai découvert Code Quantum, Retour vers le futur, La Machine à explorer le Temps, L’armée des douze singes, Un jour sans fin, Lost ou encore 22/11/63… J’adore la thématique du Voyage dans le Temps. Ses promesses (changer la donne d’un Destin parfois injuste, rétablir un semblant d’équilibre et de bonheur entre les êtres), ses paradoxes (ce qui est advenu ne peut être modifié, en dépit de toutes les meilleures volontés) et ses schémas narratifs tragiques (la répétition d’un cheminement tout tracé) qui font, malgré tout, ressortir ce que l’Humain peut détenir de beau.

Il y a peu, bien avant que l’on soit tous recroquevillés sur nous-même, j’ai revu Un jour sans fin. Un jour sans fin est typiquement le genre de films que l’on peut revoir à l’infini: on y trouvera le même bonheur et quelque chose de différent à chaque fois. Jusqu’à récemment donc, je regardais ce film comme étant l’histoire d’un type foncièrement imbu de lui-même mais qui, par la force et la répétition des choses, devient un homme bon. Altruiste, capable d’aimer et, donc, d’être aimé. Je voyais presque le film uniquement sous sa perspective romantique: l’important pour moi n’était pas que Phil Connors (Bill Murray) devienne meilleur mais qu’il finisse par réaliser qu’il peut le devenir et, de fait, finir avec Rita (Andie MacDowell).

C’est drôle comme je n’avais vu les choses sous un autre angle. Celui, pourtant tellement évident, de Sisyphe, gaillard condamné à pousser son énorme pierre jusqu’en haut de la montagne pour le repousser encore. Et encore. Le personnage de Bill Murray est une incarnation de Sisyphe, contraint de revivre, encore et encore et encore, cette même journée qu’il déteste. Phil Connors ne devient pas meilleur par la dictature de la répétition. Il accepte de devenir meilleur simplement parce qu’il finit par accepter son sort. Avec humilité et parce qu’il entrevoit la possibilité d’un nouveau départ.

Je ne dis pas que l’on vit actuellement les mêmes journées que Phil Connors. Mais, en cette période de confinement, j’ai le sentiment que l’on est tous prisonnier d’une certaine manière. On pousse tous notre caillou. Avec plus ou moins de mal. Avec plus ou moins d’endurance. Avec l’espoir qu’une fois arrivé en haut de notre montagne quotidienne, la pierre ardemment déplacée ne bougera plus. Que l’on sera heureux de s’arrêter, juste une seconde, pour admirer la somme du chemin parcouru. Pour contempler la vue. Que l’on pourra, tiens, même s’appuyer contre la dite pierre sans que celle-ci ne retombe au pied d’une autre montagne. Que ce que l’on vit actuellement, sans idée de fin ni d’évolution, sera derrière nous. Qu’en attendant la sortie, on se félicitera d’aller de l’avant plus que de s’en contenter.

En attendant, je vous laisse, j’ai une journée à pousser. Bon courage pour la vôtre.

2 réflexions au sujet de « Une histoire de temps. Et de caillou. »

    1. Yes Thierry, quel honneur 🙂 !!!

      Oui, il y aura des variantes et mes marottes habituelles. Fallait juste laisser passer quatre blogs et un Covid pour arriver à ce que je voulais. A vite !

      Aimé par 1 personne

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